Dans beaucoup de jeux de village, l'animal de l'élevage domestique représente presque toujours l'enjeu. On doit le tuer, le mutiler; on peut parier sur lui ou bien engager avc lui un rapport de force visant à l'immobiliser. On peut aussi l'opposer à un autre animal; le plus fort, le plus intelligent, le mieux dressé, fera alors gagner son propriétaire et les parieurs qui lui feront confiance. Parmi ces jeux, les plus pratiqués étaient le tir de l'oie, le tir à la potence très proche du premier puisqu'il consiste à casser la patte d'une volaille avec un bâton, combats de coqs, concours de chants "pinsons", courses de lapins, de chiens ratiers, courses à baudet, courses à la brouette.

        LE TIR À L'OIE (ou au coq)

          Pendu par le cou... Une oie était suspendue, à hauteur d'homme, par un fil de fer à une branche d'arbre. Le joueur, armé d'un long couteau bien aiguisé (ou d'un sabre), devait trancher d'un seul mouvement du bras, le cou du volatile. Mais on lui bandait au préalable les yeux et on le tournait plusieurs fois sur lui-même avant de le placer en direction de la cible... Il devait alors avancer de quelques pas (environ cinq mètres) puis battre l'air de son couteau pour rencontrer le cou de sa victime et le sectioner.

          Une des dernières"faucheries" de coq à Tréogan (Côtes d'Armor) dans l'année 1993 - Photo: Patrick Jégou
ici Tir à l'oie avec un coq

          Si l'essai était concluant, le volatille se retrouvait sans tête sur le sol; le bon "tireur"ramassait son dû. Sinon, une autre prenait sa place pour tenter sa chance.

       Quand les joueurs étaient trop adroits, le jeu était alors compliqué par l'introduction dans le cou de l'animal, d'un fil de fer. Ainsi, en plus de l'adresse, il fallait faire montre de sa force. Une autre possibilité : l'oie dans un grand fût, rempli aux trois quarts d'eau, était rendue dépendante par un "boulet" à la patte ( une grosse pierre ficelée).

       La quantité d'eau était calculée pour que l'animal replié sur lui-même n'apparaisse pas et que la tête sorte du fût uniquement quand la bête se redresse.

       Ainsi installé, le volatile était à la merci du tireur qui, posté à huit mètres, attendait le moment propice pour appuyer sur la gachette de la carabine. On pouvait aussi le "tirer" avec des pierres plates ou un bâton, la difficulté auguemetant alors. Une fois touchée par la "bosquette" (balle des carabines de foire), l'oie devenait propriété du fin tireur.

       Ce jeu était encore pratiqué dans les années 1980, dans certaines communes à l'occasion des fêtes du 14 juillet. Tous les habitants de sexe masculin tentent leur chance à tour de rôle. Il n'est pas rare de voir cinq ou six oies se succédes et disparaître devant l'adresse des concurents passionés.

cf. Jeux populaires, traditionnels et communautaires, Dominique Lobjois, S.I de Laon